Sade en scène

Il est profondément horrible, ce court spectacle intitulé Sade 2.0 que donnent au théâtre des Déchargeurs (c’est bien trouvé) deux échappés de la compagnie l’Héautontimorouménos, la comédienne Clémentine Marmey et l’auteur et metteur en scène Jean-François Mariotti. On y est allé un soir de neige en tremblant : la salle, nous avait-on dit, est minuscule et la comédienne déchiffre toutes les expressions faciales des spectateurs — dégoût, ennui, ravissement, surprise. Et autres. Pendant cinquante minutes, Marmey, cheveux tirés, yeux écarquillés, bouche triangulaire et gourmande, raconte de sa voix précise, timbrée, un conte affreux dont la trame et les noms propres (ou sales, c’est selon) sont empruntés à l’histoire du XXe siècle, et le texte aux Cent vingt jours de Sodome, du marquis de Sade, dont on aurait tort de croire le pouvoir de sidération diminué. Pétain se branle sur le corps agonisant de Jean Moulin, Bismarck fout six filles et leurs mères, Heidegger s’amuse avec Hannah Arendt et Hitler avec Anne Frank, le tsar Nicolas II se fait enculer par tout une ferme et Marianne, la Marianne des mairies, subit les pires tortures aux mains de ses ennemis. Mariotti envoie sur Marmey crucifiée par les ordures qui lui sortent de la bouche des images tour à tour violentes et douceâtres, ces deux phénomènes célébrant les obsèques d’un siècle qui, dit Mariotti, a bien mis cinquante ans à crever. Sans qu’on sache bien si le suivant, qui pue déjà, est plus recommandable. Le lendemain, on a encore à l’esprit le miroitement orange, sur le visage halluciné de Clémentine Marmey, du lac au bord duquel pique-niquent et forniquent, à jamais, quelques suppôts de l’enfer — Hitler, Staline, Franco, Mussolini. Et vous, spectateurs, bien malgré vous.

C’est à voir et à écouter pour une bonne dizaine de représentations encore — tous renseignements ici.

Sur l’agenda du Visage vert

Février, c’est la rentrée. Le Visage vert sort sans crainte de son hibernation annuelle (qui n’a guère duré qu’un mois) pour quelques excellentes causes. La revue et la maison d’édition tiendront un stand à Zone Franche, à Bagneux, en région parisienne, du 10 au 12 février. Simultanément, l’un de nos auteurs, Anne-Sylvie Salzman, fera un saut aux Dystopiales (c’est à Paris, à la librairie Charybde) le vendredi 10 à partir de 17 heures. Et le 14 février, on attend les Parisiens et assimilés très nombreux à partir de 19 heures à la librairie Le flâneur des deux rives, rue Monsieur le Prince, à Paris toujours, pour vous présenter notre dernière publication en date, les Divertissements transylvaniens du Chilien Christian Vila Riquelme, traduit de l’espagnol par Philippe Muller er illustré par Raul Schneider.

Dystopiales… :

… et Flâneur

Et pour finir, youpi la vie, Le Visage vert est de nouveau en lice pour le Grand prix de l’imaginaire.

L’auteur, l’auteur !

Le très beau musée Kolumba de Cologne expose, dans un bâtiment dû à l’architecte Peter Zumthor, une série d’œuvres anciennes et modernes dont les auteurs ne sont jamais nommés sur le site, mais dans une plaquette que l’on peut — ou non — choisir d’emporter dans sa visite. 
Entrée en matière pas tout à fait futile pour revenir, quelques mois après sa parution, sur le numéro 2 du Black Herald, si cher à notre petit cœur vert que nous avons eu la joie intense d’organiser une lecture commune avec ses éditeurs le mois dernier (voir notre article précédent). Oh certes, on trouvera dans les cent cinquante et quelques pages du magazine dirigé par Blandine Longre et Paul Stubbs, qui signe un éditorial cinglant sur les travers du creative writing, un certain nombre de noms d’auteurs. Mais ce sont les œuvres — poèmes, nouvelles, essais — qui priment avec, pour seul commentaire, la traduction (puisque l’un des principes du Black Herald est de publier tous ses textes au moins en français ou en anglais, quelle qu’en soit la langue originale, de toute façon toujours restituée.) Le seule exception, déjà citée, est l’introduction de Stubbs (on peut la lire ici), laquelle réaffirme la primauté des voix sur les auteurs eux-mêmes et préconise leur émergence, “sur la rive opposée à l’égotisme contemporain“. À cette lumière, et bien loin du narcissisme sans joie où s’embourbent nombre de revues ou de magazines littéraires, on ira donc, dans ce deuxième numéro du Black Herald, chercher des voix dont le seul point commun est probablement de ne jamais s’écouter parler (ce qui les rapproche, toutes poétiques qu’elles soient, de la littérature de genre si chère au Visage vert). Certaines anciennes — Hart Crane, Cesar Vallejo, W. S. Graham, Georges Perros ; la plupart contemporaines, des nouveaux venus (Delphine Grass, Andrew Fentham), des noms plus familiers (Laurence Werner David, Dumitru Tsepeneag, Pierre Cendors, Jacques Sicard), des habitués de la maison (Will Stone, Onno Kosters, Khun San). Le mieux encore, au delà de cette paradoxale liste de noms, est d’aller lire quelques-un de ces textes sur le site de la revue et de se la procurer ensuite auprès de ses éditeurs.

Lectures pour tous

Alors, c’était bon ? Oui, c’était bon (certes, nous ne sommes absolument pas objectifs.) Hier donc, dans l’après-midi, trois actrices (Priscilla Bescond, Clémentine Marmey, Sophie Neveu) et un acteur-auteur (Romain Verger), dirigés par le metteur en scène Jean-François Mariotti, nous ont fait l’honneur de lire des textes du Visage vert et d’une revue qui nous tient particulièrement à cœur, le Black Herald. C’était à l’auditorium de la Halle Saint-Pierre et nous nous sommes tous promis de donner une suite à ce joyeux moment. En attendant de récupérer les vidéos, voici quelques photos.

Textes lus : L’Homme à la poupée (Kurt Münzer), Elysium (Paul Stubbs), La bête dans l’intervalle (W. S. Graham), Aux champignons (Romain Verger), Réalisme (Dimiter Anguelov), La vierge en fer (Edouard Dujardin), Where were you within the banshee’s unshaken vowels (Blandine Longre), Un fantôme (Frédéric Boutet), Fantômes et magiciens (E. G. Bulwer-Lytton), Langue que parlent les dragons (A. -S. Salzman), La vengeance du squelette (Yuan Mei), ainsi que des extraits des Sept collines et quelques aphorismes de Georges Perros.

Et nous aurons le plaisir (dûment chroniqué dans ces pages) de retrouver Clémentine Marmey, Sophie Neveu, Priscilla Bescond et quelques autres brillants comédiens dans Gabegie, Apocalypse 2012, écrit et mis en scène par Jean-François Mariotti, dès le 13 janvier 2012.

Derniers carats

Il reste, oh bonheur, toute une après-midi (et une soirée) avant le passage du père Noël dans les foyers et si vous avez encore quelques cadeaux à faire et des doutes sur la question, cet article est pour vous. Il nous tiendra également lieu de palmarès 2011 (nous sommes fameusement paresseux dans cette maison).

• Un(e) ami(e) cinéphile ? Hop, offrez-lui le très beau Fantômes du cinéma japonais, de Stéphane du Mesnildot. Et vous pouvez même ajouter Ju-On I, dont l’auteur donne une très belle analyse (promis, on reviendra avant la fin de l’année plus en détail sur l’ouvrage). C’est chez Rouge Profond. Bon, il y a aussi les somptueux Mystères de Lisbonne, de feu Raul Ruiz.

• Un(e) ami(e) qui aime la poésie ? Si vous êtes à Paris, filez lui acheter le Black Herald #2  à la librairie L’Écume des pages ; sinon, rendez-vous sur le site de la revue pour une commande.

• Un(e) ami(e) amoureux du Japon ? Ce n’est pas un hasard, de Ryoko Sekiguchi (POL) et les Notes de ma cabane de moine, de Kamo no Chomei (Le Bruit du temps). Et aussi Rosée de feu, de Xavier Mauméjean (Le Bélial’). Et Chansons populaires de l’ère Showa, de Ryu Murakami (Picquier). Et le fabuleux Dictionnaire des Yokai, de Shigeru Mizuki (Pika)

• Un(e) ami(e) psychogéographe ? Le Dépaysement, de Jean-Christophe Bailly (Le Seuil) et la jolie réédition de La ville, de Frans Masereel (Cent pages). Et les œuvres complètes d’Éric Chauvier : Anthropologie (Allia), Contre Télérama (Allia), Anthropologie de l’ordinaire (Anacharsis)…

• Un(e) ami(e) qui aime quand ça cogne ? L’intégrale de La femme scorpion (6 DVD chez Pathé) et Les trois royaumes en version intégrale (John Woo, chez HK vidéo).

• Un(e) ami(e) marié à son iPhone ? La très jolie application Contre Jour.

• Un(e) ami(e) cher (chère) : Eh bien, mais Motorman, zut. David Ohle, traduit par Nicolas Richard. Et n’importe quoi au Visage vert (bien sûr).

Et pour les Parisiens, un rappel : la Librairie éphémère est ouverte aujourd’hui et entre les deux fêtes, et tout ce que publient Le Sonneur, l’Oeil d’or, La Dernière Goutte et Aux forges de Vulcain, qui figurent tous parmi les invités de la librairie, sera le bienvenu sous le sapin.

Cure de fantômes le 28 à la Halle Saint-Pierre

En association avec la revue The Black Herald, l’écrivain Romain Verger et la compagnie L’Héautontimorouménos, le Visage vert a la joie de vous proposer une lecture de quelques textes (fantastique, poésie, fiction courte) dans le cadre de la librairie éphémère, belle manifestation qui se tient deux fois l’an à la Halle Saint-Pierre, à Paris (métro Anvers : la Halle est au pied de la colline Montmartre). Il y aura de tout : du fantôme, du vampire, de la poupée désarticulée, du sang, des esprits, des apparitions divines, du français, de l’allemand, de l’anglais, du bulgare, et pour finir du vin — noir, vert, rouge, blanc, on ne sait plus trop. Du vin, en tout cas. Et remerciements à Jean-Luc d’Asciano, aux fantastiques actrices qui ont relevé le gant (Clémentine Marmey, Sophie Neveu, Priscilla Bescond), à Jean-François Mariotti qui n’a peur de rien lui non plus (d’autant que tout ce beau monde a du pain sur la planche, avec deux pièces à la rentrée dont nous aurons la joie de vous parler) et à Romain Verger, pour la première fois sur une scène parisienne. Venez nombreux, c’est le 28 décembre 2011 à la Halle Saint-Pierre de 15 à 16 heures, nombre de places limité… Ce n’est plus si souvent qu’on voit des spectres à Paris.

110 Momotaro

Icinori est une maison d’édition extraordinaire, nichée quelque part dans Strasbourg, et qui édite avec un génie patient des livres en sérigraphie, découpés et assemblés à la main, d’une délirante beauté. Momotaro, tiré à 110 exemplaires (et les yokai savent seuls combien il en reste dans le commerce), est du nombre. Et voyez :

Et pour joindre Raphaël Urwiller et Mayumi Otero, les deux curieux enfants de Brueghel auteurs de ces merveilles, c’est ici

La cause du fantastique

Oyez, amis du Visage vert. Nous serons à Sèvres ce 10 décembre 2011 au SEL, 41 Grande Rue, à l’occasion des 8e rencontres de l’Imaginaire, avec le numéro 19 et bien d’autres splendides productions. En prime, et dans le cadre des conférences-débats proposées à l’Esc@le, au 51 de la même Grande Rue, Anne-Sylvie Homassel (remplaçant René Réouven — ça va être dur !) débattra avec Jacques Baudou (auteur entre autres d’une belle anthologie du fantastique, parue chez Fetjaine) du fantastique — de 14 à 15 heures. C’est le moment ou jamais ! Il pousse en ce moment dans la presse dite littéraire un ennuyeux marronnier sur la mort du roman (bah), la supériorité du roman vrai (l’autobiographie littéraire, vous dit-on) sur le vrai roman (dont l’infirmité principale serait de ne proposer que de “petites histoires inventées”.) Vain débat (qu’en pense donc le chat de Marcel Broodthaers ?) mais dont un des effets nous semble être la marginalisation accrue, dans les médias généralistes, des littératures de genre, à l’exception du roman policier (au prétexte, sans doute, qu’il semble réaliste). On en dira sans doute un mot à Sèvres. Autres conférences à l’Esc@le : le steampunk, avec Étienne Barillier, de 11h30 à 12h30 ; les détectives de l’étrange, avec Richard Nolane, Fabrice Bourland, Marc Madouraud et Xavier Mauméjean, de 16h30 à 17h30. Et une rencontre avec Jacques Sadoul (présenté par Joseph Altairac) de 15h15 à 16h15.

À Pau et dans l’Antre-Monde

C’est le programme de cette fin de semaine pour l’équipe du Visage vert. Vous pourrez (ô plaisirs de l’ubiquité !) nous croiser à Pau, dans le cadre du salon Pau fête le livre (c’est au Palais Beaumont, face aux Pyrénées…) mais aussi à Paris, à l’Antre-Monde, samedi, dès 16 heures. Nous y accompagnerons François Ducos, notre maître es littérature populaire, qui présentera ses trois anthologies consacrées chez Terre de Brume aux détectives du surnaturel. Prochains rendez-vous : Sèvres, le 10 décembre et la Librairie éphémère de la Halle-Saint-Pierre, en attendant Saint-Mandé fin janvier et la Zone franche de Bagneux en février 2012. Et sur ce ce blog, on vous reparle très vite de fantômes japonais au cinéma et du numéro 2 du Black Herald.

Vert et noir aux Blancs-Manteaux

Retrouvez-nous à l’Autre livre tout ce week-end à Paris, espace des Blancs-Manteaux, dans le Marais. Nous y exposerons nos livres, la revue, dont le numéro 19 vient de paraître, et les ouvrages du Black Herald, notre compagnon d’arme ! À suivre dans ces pages. Et sur place.

Horaires : vendredi 18, de 14 à 22 heures • samedi 19, de 11 à 21 heures • dimanche, de 11 à 20 heures.