Une lecture de Destination Cérès

Ce qui frappe en premier lieu dans Destination Cérès, c’est l’ampleur, la précision, la technicité du vocabulaire employé : d’où un luxe de détails concernant les équipements, les instruments, la configuration des paysages qui donnent une caution réaliste à ces récits d’enquête et de quête. Quand à cela s’ajoute l’utilisation récurrente d’images telles que le labyrinthe ou le miroir, on se dit qu’on n’est pas loin du monde et de la démarche de Borges, le Borges des « Ruines circulaires ». Mais les ravins, failles et autres fissures de glace découpant un univers fantastique font songer à Poe, le Poe d’Arthur Gordon Pym, tandis que la recherche obstinée, obsessionnelle des empreintes, des indices et des traces nous oriente vers Sherlock Holmes. De manière plus subjective, la description de ces architectures écrasantes, naturelles ou fabriquées par la main de homme, fait songer plus d’une fois aux gravures de Piranèse, à l’angoisse que génère leur étagement de niveaux. On est à la fois surpris et pas surpris de voir Jean-Pierre Naugrette évoluer avec autant d’aisance dans le monde des égyptologues et dans celui des astrophysiciens associés à l’envoi de sondes et de drones et peu aidés en l’occurrence par la NASA. Récits de quête et d’enquête donc, où alternent la solidarité et la rivalité, les mesquineries et les gestes généreux à l’intérieur des équipes, où les chercheurs ont le choix entre plusieurs hypothèses (dépôt anormalement concentré de carbonate, ou vaisseau abandonné, station enfouie, ce qui confirmerait l’hypothèse de vie extraterrestre), le choix aussi entre plusieurs itinéraires alors qu’ils se retrouvent à la croisée des chemins. Il s’agit d’entrer en contact avec les civilisations défuntes, de recenser les traces multiformes de la présence de l’homme, de comprendre ses attitudes et pratiques religieuses. D’où l’intérêt pour les autels sacrificiels où l’on immolait des victimes aux dieux obscurs et sauvages, pour la découverte de l’étroite et solennelle entrée du temple où un drone s’aventure à la fin.

On est toujours en train de chercher un passage pour aller plus loin, quitte à se glisser dans des goulots d’étranglement qui signalent le risque et l’interdit. Un passage vers quoi en définitive? Non pas seulement vers un objet, un lieu, une « connaissance »,  un secret, mais, de manière plus ambitieuse, plus métaphysique que scientifique, vers l’énigme de l’être, à jamais insoluble, mais à laquelle on ne peut renoncer. On ne trouvera pas la clé de l’énigme qui se recule indéfiniment, mais, chemin faisant on découvrira les œuvres des hommes, leur héritage mutilé par le temps, les rites cruels de la religion, les décors des méchants contes de fée, les vertiges des escalades ou des plongées, les températures extrêmes,  bref, les dangers de tous ordres inhérents aux affrontements physiques, à l’expérience sensorielle des chercheurs.

D’où ces deux parcours initiatiques formant un diptyque qui s’illumine de feux et de reflets réciproques. Outre leur fourmillement d’échos,  ils baignent l’un et l’autre dans le même « suspense » parce qu’ils sont également teintés d’angoisse et s’accomplissent sous la menace constante de la mort.

Bernard Brugière

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Sèvres tentaculaire

Amis franciliens et apparentés, le Visage vert vous accueillera ce samedi 25 novembre avec plaisir sur son stand des Rencontres de l’imaginaire de Sèvres, en l’excellente compagnie de Gilles Ménégaldo, pour son Lovecraft au prisme de l’image. Deux autres nouveautés à découvrir : le n°29 de la revue, avec du Marcel Schwob et une nouvelle inédite d’Anders Fager, l’auteur des Furies de Borås (dont vous pourrez découvrir une interview exclusive sur le site ce dimanche 26 ; la version courte figure au sommaire de la revue). Et Destination Céres, une novella de Jean-Pierre Naugrette. Les Rencontres de l’imaginaire, c’est au SEL de Sèvres. Il y aura du très beau monde…

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Un automne bien vert

Le Visage vert connaît cette année un mois de novembre joyeusement chargé. Nous serons au salon de la revue les 10, 11 et 12 novembre, à l’Autre livre les 17, 18 et 19 novembre (deux manifestations qui se tiennent à Paris, à l’espace des Blancs-Manteaux, dans le Marais) et, joies de l’ubiquité, au salon de Pau ces mêmes 17, 18 et 19 novembre et à Sèvres le 25 novembre. Outre nos deux nouveautés (Destination Cérès, superbe roman de Jean-Pierre Naugrette et Lovecraft au prisme de l’image, recueil d’essais compilés par Gilles Ménégaldo), nous aurons la joie de vous présenter le n°29 de la revue. Lecteurs, amis, abonnés, n’hésitez pas à passer nous voir. Et notez que depuis octobre, nous sommes distribués par nos amis de Dystopia, ce qui devrait nous rendre plus visibles en librairie…

Fêtons la révolution Schwob !

Le Visage vert  n°29 est en vue ! Au sommaire, quelques merveilles :

• «L’Artefact de Herr Göring» d’Anders Fager, traduit du suédois par Carine Bruy (les lecteurs des Furies de Borås et de La Reine en jaune s’en régaleront, les autres découvriront un auteur insolent et singulier),
• la quatrième livraison de l’étude de Michel Meurger sur les loup-garous, «Du côté des loups», illustré par une nouvelle de George Fourest, «Le Loup-Garou»,
• Deux fictions contemporaines françaises, «La Date, d’Yves Letort et «Thanaphobos», de Nicolas Liau,
• la valeureuse anglo-saxonne de l’étape, «La Victime, de May Sinclair», traduction de Jean-Louis Corpron,
• et pour finir en beauté et en mystère, deux nouvelles de Marcel Schwob, «La Main de gloire», suivi d’un essai de Bruno Fabre et «La Maison close», suivi d’un essai d’Agnès Lhermitte.

Très prochainement dans les meilleures librairies, d’autant que nous sommes désormais distribués par Dystopia Workshop…

Le Visage vert, c’est la Porte des rêves.

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Mai, mort et résurrection

Amis du Visage vert, vous nous retrouverez comme tous les mois de juin au Marché de la poésie, en compagnie du Black Herald. Dates à venir ! En attendant, nous vous convions à deux soirées où vous pourrez découvrir le formidable travail de notre camarade LMG Névroplasticienne, Fosse commune. Qu’est-ce que Fosse commune ? Un recueil de 365 dessins illustrant des «courriers postaux testamentaires» envoyés par 365 vivants à LMG, à sa demande. À partir de ces textes où chacun imaginait sa mort, LMG a réalisé 365 œuvres — 365 morts si l’on veut —  monochromes et fascinantes, identifiés par les seules initiales et dates de naissance des expéditeurs. Les textes, qui ne sont pas repris dans Fosse commune, seront détruits lors d’une cérémonie publique.

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Si vous voulez découvrir quelques-unes des œuvres originales, vous procurer l’ouvrage, édité aux Âmes d’Atala et rencontrer LMG, artiste extraordinaire, deux dates : le 25 mai à Lille, à la Face B, 60 rue d’Esquermes à partir de 17 heures et le 3 juin à Paris, à la librairie Charybde, 129 rue de Charenton, à partir de 19 h 30 (rencontre agrémentée d’un intermède Libraire de la mort).

Le 28 est en marche

Chers amis et lecteurs du Visage vert, le numéro 28 part à l’impression dans quelques heures. En avant-première, le sommaire !

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• Perceval Landon, «Thurnley Abbey»
• Jean-Pierre Chambon, «Derrière les montagnes»
• François Ducos, «Détectives des Ténèbres :  Épouvante, SF et grande fantaisie (1930-1960)»
• Achillèas Kyriakìdis, «Vertigineuse rhapsodie»« Inénarrable» « Bonzaï » suivi d’un essai de son traducteur, Nicolas Pallier : «Kyriakìdis, ou l’épreuve du lecteur»
• Kirby Draycott, «Le Supplice de Goetz à la main de fer» suivi d’une étude de Michel Meurger, «Goetz de Berlichingen et l’horloge fatale»
• Lafcadio Hearn, «La Photographie spirite»
• Carl Weisflog, «Une journée à Batavia»
• G. Guitton-Le Rouge, «L’Impossible»

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On ne vous cachera pas la joie et l’impatience que nous avons de vous faire découvrir, après H. V. Chao, Livia Llewellyn, Michael Siefener ou Cristìan Vila Riquelme un auteur contemporain jusqu’ici inédit en français… Grâce en soit rendue aux traductrices et aux traducteurs — ici, donc, Nicolas Pallier — qui nous ont apportés ces textes.

 

Deux beautés chez l’Ogre

La jeune maison d’édition l’Ogre publie avec Ravive, de l’ami Romain Verger, son quinzième livre. Et comme elle n’a peur de rien, ce sont des nouvelles, que les lecteurs français «détestent» (banalité débitée tous les ans au moment de la rentrée littéraire : ici, bien évidemment, on n’y croit pas trop) et dont le Visage vert fait cependant son miel. Du reste nos lecteurs (nouvellophiles, eux) reconnaîtront dans les pages de Ravive «Le Château», paru dans le numéro 17 de la revue. Pour le reste, le recueil explore les recoins monstrueux de l’âme et du corps humains avec l’ardeur verbale et dévorante que l’on connaît à Romain Verger. Les poupées suintent, les corps se cousent et les oisillons meurent sous les talons du conte. Il n’est pas fortuit que ce livre-là ait, de l’aveu même de ses éditeurs, accompagné (sous forme de commande, puis de manuscrit, puis d’ouvrage fini et illustré), les deux premières années de l’Ogre.

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D’ogres et de massacres, il est question aussi dans Lumikko, de Pasi Ilmari Jääskeläinen (traduit du finnois par Martin Carayol) étonnant roman fantastique et policier au fil duquel une jeune professeur de littérature, Ella Milana, enquête sur les dessous étranges de la société d’auteurs qu’elle vient d’intégrer à la demande de la grande Lumikko, mythique auteur pour enfants (il faut imaginer une Tove Jansson à la puissance Rowling, ou l’inverse). Lumikko a le mauvais goût de disparaître sitôt Ella intronisée et cette dernière doit contraindre les autres écrivains de la société à se confier sur leur passé commun. Simultanément, les livres eux-mêmes tombent malades et leur contenu mute. Lumikko (lumineusement et agilement traduit) est inventif, truculent et traversé parfois de la tristesse qui pare les pays où le surnaturel se meurt.

 

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Et pour les treize autres titres de l’Ogre (et les cent à venir, espère-t-on), c’est par ici.