À nouveau le Roman sanglant

De Josef Vachal le public français connaît peut-être déjà, grâce à Xavier Galmiche et au Centre culturel tchèque de Paris, l’œuvre. Quelques mois après un colloque consacré à l’auteur, une belle exposition avait rassemblé fin 1998 peintures, gravures et livres ; Facétie et illumination reprenait les communications du colloque et y adjoignait plusieurs traductions : « Vigile de l’heure de l’épouvante », « Très-belle lecture sur Wawrinec le clairvoyant », ainsi que des extraits du Jardin du Diable, du Comique de l’âge des ténèbres, du Roman sanglant et du Nouvel almanach des tolérances. Autre traduction parue en 2002 chez Paseka, celle de la Mystique de l’Odorat, accompagnant la réimpression du texte tchèque écrit, illustré et composé en 1920 par Vachal. Il aura donc fallu quelques années au Roman sanglant pour apparaître enfin dans les librairies françaises (pour en disparaître aussitôt, ce qui fut le cas dans deux honorables établissements où nous l’avons cherché : noté dans les stocks, il n’était pourtant ni en rayon, ni en réserve. Volé déjà ?). Amateurs de l’étrange, du beau et du grotesque, procurez-vous au plus vite ce Roman sanglant publié par les éditions de l’Engouletemps, traduit par Myriam Prongué, postfacé par Xavier Galmiche et composé (minutieux travail) par Frédéric Bègue, dans une typographie qui rappelle celle créée par Vachal, homme à tout faire. Après une histoire et défense du « roman sanglant » tchèque, littérature populaire d’aventures et de crimes dont Vachal retrace la genèse, des Chroniques d’Hermann aux textes les plus récents (Patricia, l’orpheline de Maison-Rouge, Les Brigands en frac et en froc…), commence le Roman sanglant à proprement parler, pastiche amoureux et délirant du genre. On tue énormément dans Le Roman sanglant (encore que ce travail en général ne soit fait qu’à demi, ce qui occasionne maints retours à la vie, certain regrettables et d’autres miraculeux), on marche sur des monceaux de cadavres, on hume le fumet douteux des bûchers de l’Inquisition sur lesquels ne cessent de rôtir des suppliciés — et l’on massacre allègrement la cohérence romanesque et la langue. Il faut rendre ici honneur à Myriam Prongué, qui s’est sans doute fort amusée à rendre en français les blagues à deux sous, les calembours et autres chocs verbaux imaginés par Vachal. Lequel achève Le roman sanglant sur une vertigineuse pirouette, et nous apprend dans l’achevé d’imprimer qu’il l’a « composé sans manuscrit et imprimé pendant huit cents heures« . 

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