Ping-pong au village

Les distributeurs français n’aiment plus le cinéma japonais. Les derniers Koreeda (dont l’éthéré Nobody Knows était paradoxalement sorti en fanfare), Suzuki, Kurosawa (Kiyoshi, s’entend), Ishii (Katsuhito, le réalisateur du Goût du thé) : pas vus pas pris sur les écrans français. Au mieux, ils font un petit tour dans les bacs. Au mieux… On attend encore, sauf erreur, les pressages français de Funky Forest : The First Contact (Ishii) ou d’Operetta tanuki goten, l’opéra merveilleux de ce vieux coquin de Suzuki. Mais l’on trouvera sûrement sous quelques sapins le Western Sukiyaki Django de Takashi Miike, inclassable et crétin, comme il se doit, hommage fatigué (dans le fond, non dans la forme, impeccable comme le sont presque tous les films de Miike) au Yojimbo d’Akira Kurosawa, pastiché (par Leone dans son Pour une poignée de dollars) le plus célèbre de l’histoire du cinéma. Un justicier solitaire arrive dans un village où s’affrontent deux clans. Il y a un enfant mutique, une femme superbe, des chefs de bande dépravés, un certain nombre de cercueils, des pendus, un passage à tabac, une résurrection. Les acteurs japonais, dans un bel hommage à la Babel des tournages de Leone, parlent tous, avec des accents variés, anglais, contrairement à ce qu’affirme la jaquette du DVD (un anglais que massacrent tout aussi joyeusement les sous-titres. Nous avons refusé de nous infliger la version française, mais si ça se trouve…) Au quatrième passage de plats (Yojimbo étant lui-même en plus d’un point un emprunt à Dashiell Hammett), malgré tout, l’histoire perd de sa substance, et la présence épisodique, dans le rôle de « Ringo » (« la pomme », en japonais, me dit-on. La purge, oui !), d’un Tarantino surtarantinesque n’arrange rien. Western Sukiyaki Django a pourtant quelques charmes consistants — une superbe photographie automnale, des références affectueuses (et probablement imaginaires : mais la ville peinte en rouge — Lago, L’Homme des Hautes Plaines — la mitrailleuse et la dynamite — « chum-chum… » — la Guerre des Roses…) ; un humour sadique et révoltant ; et, en la personne de Yusuke Iseya, un somptueux pin up boy aux pommettes délicates, déjà vu dans Afterlife et Distance, deux (vraiment) très beaux films de Koreeda. Sous le sapin, vous dit-on ! 

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