Mort, veille et match

Ilan Manouach teste les limites dans tous les genres (musique, vidéo, bande dessinée) et Frag, publié chez 5e couche, ne fait pas exception à cette règle. Des hommes sur un bateau, une mer explosive, un coq dont la tête entre et sort par des fentes au ciel ; une autre barque, d’autres hommes, des poissons récalcitrants. Les marins s’entretuent (un frag, avons-nous appris, nous qui n’avons jamais dépassé le stade Pac-Man, c’est l’élimination d’un adversaire dans les jeux vidéo de tir), pêchent, errent, Dieu est une tête de coq et le ciel s’entrouvre sur des limbes terribles. L’art de Manouach ne doit pas grand-chose à la bande dessinée traditionnelle — ni même aux jeux d’encre des (anciens) nouveaux venus de l’Association (il y a publié The Ten Stages of Spiritual Cow-Herding). Il va plutôt (mais l’auteur nous contredirait peut-être) pousser ses racines vers le dessin surréaliste, Fautrier ou Bacon. Les paysages sont désolés ; les hommes proprement écorchés et mutilés jouent avec leurs membres et leur peau sur une mer à laquelle le trait de Manouach donne une vie vermiculaire. Et si ses écorchés ne parlent pas, Manouach, lui, écrit — fort bien, avec un humour torve qui achève de faire de Frag une parfaite curiosité. 

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