Cœur des ténèbres

C’est saison faste ce printemps pour le cinéma japonais sur les écrans français. Nos lecteurs occasionnels connaissent le faible de la maison pour la pellicule fabriquée dans ce coin du monde. Sortent donc, officiellement, Tokyo Sonata de Kiyoshi Kurosawa (déjà sur nos écrans, ou déjà sorti de vos écrans…) et, mercredi 22 avril, En marchant de Hirokazu Koreeda. Les deux ou trois derniers films de ces brillants réalisateurs étaient passés directement par la case vidéo, ce qui n’est même pas le cas pour Kôji Wakamatsu, dont la dernière incursion en territoire français  (la réédition en 2007 de son Quand l’embryon part braconner) s’est soldée par une quasi censure. Sort que ne devrait pas connaître United Red Army, qui sort le 6 mai et qui a fait l’objet d’une présentation en avant-première début avril, en présence du réalisateur. Mais que vient faire sur le site du Visage vert (fantastique ancien, etc.) un docudrame consacré à la dérive violente des mouvements étudiants d’extrême-gauche dans les années 70, si brillant soit-il (et il l’est) ? Wakamatsu, ancien contestataire lui-même, explorateur des marges et des genres (il passe pour l’un des maîtres du cinéma érotique japonais), conduit son spectateur dans les abysses où vivent nos monstres intimes. Les étudiants dont il suit le parcours, s’étant radicalisés, prennent le chemin de la montagne et organisent des camps d’entraînement clandestins. Les rapports déjà tendus entre factions et individus s’hystérisent, et les étudiants s’éliminent les uns les autres, se contraignant à des autocritiques cannibales où les frères frappent les frères, les compagnes les amants. Une quinzaine d’entre eux n’y survivra pas. Dans la pénombre de leur repaire, aussi hanté que celui du tueur à la tronçonneuse, l’une des étudiantes, jolie fille inquiète qu’aucun de ses compagnons ne semble vouloir abîmer, se martèle le visage à coups de poings. Cette autodestruction achevée, on lui tend un miroir. Le visage torturé, difforme, qui flotte devant elle, de longues secondes, dans l’obscurité du chalet, est le plus terrible des spectres.  

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