Le Faust de Sokourov

Alexandre Sokourov filme de l’autre côté cher à Kubin. Il partage ce privilège avec cet autre grand malaxeur de chair et de viande qu’est Jan Svankmajer, même si son divorce avec la réalité est moins manifeste. Son Faust est-il pour autant une œuvre fantastique : sans doute, les diables y ont le sexe à l’envers et les morts ressuscitent. Le docteur Faust dissèque un cadavre que son domestique et disciple Wagner évacue, va mendier auprès de son père, médecin sévère, n’en reçoit rien — qu’une étreinte des plus singulières — rend visite à Méphistophélès, prêteur sur gages, le suit (ou le précède) dans la ville de leurs ébats : l’un et l’autre s’attirent comme deux aimants féroces. Ils croisent des veuves et des porcs. Méphisto, homme énorme au visage sans chair emmène Faust au lavoir, exhibe devant les femmes aux corps ronds, aux corsets trempés, sa difformité. Marguerite est parmi les femmes. De nouveau l’aimant : Faust suit Marguerite, Méphisto suit Faust. Ou l’inverse, et ce jusqu’à la chute. On n’en dira pas plus de ce film où l’image et le verbe coulent pendant plus de deux heures avec une fluidité magnétique, inventant une œuvre charnelle et distordue dans laquelle on pourrait aussi bien mettre les deux mains.

 

 

 

 

 

 

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