Des hommes et des bêtes

C’est bien ennuyeux, les livres écrits par des amis. On tremble de les ouvrir et de ne rien en aimer ; on se méfie aussi d’y trouver ce qui n’y est pas nécessairement, la texture de l’affection, la chaleur d’une voix qui nous est familière pour d’autres raisons. Tant pis : on y va. Donc Cigogne, un livre de l’ami Jean-Luc A. d’Asciano, par ailleurs patron d’une maison d’édition assez folle pour avoir à son catalogue l’Efroyabl Ange1 de Iain M. Banks illustré par Frédéric Coché — et le Sang noir de Bertrand Hell. Entre autres. Cigogne refermé, on ne s’étonne plus de l’intérêt de Jean-Luc A. d’A. pour ces textes que les animaux rongent du dedans. Pas une nouvelle du recueil (publié chez Serge Safran) qui ne soit partagé avec les bêtes. La cigogne du titre, les mâtins des «Siamois», le texte d’ouverture, les corbeaux, chiens et chats de la «Trilogie chamane», la chienne gravide de «L’esprit des ronces». Pas d’anthropomorphisme gentillet dans cette démarche : Jean-Luc A. d’A. se tient sur la frontière entre homme et bête ; et c’est de là qu’il écrit fort tranquillement des textes qui débordent des deux côtés. L’ami n’est plus là, mais demeure l’auteur, dans sa transe et ses mues.

Cigogne, Jean-Luc A. d’Asciano. Paris : Serge Safran, 2015.

(Et un Homme sauvage de Charles Fréger en guise d’illustration. Bon : l’ami, rassurez-vous, on le retrouve une fois le livre refermé.)

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