Les Royaumes de Darger à Paris

Darger n’est pas inconnu à Paris où la Halle Saint-Pierre, la Maison Rouge et le Museum of Everything l’ont déjà exposé. Cette fois-ci, cependant, les tableaux que l’on peut découvrir dès maintenant dans les salles du Musée d’art moderne de la ville de Paris sont destinées à y rester : plus de quarante d’entre eux ont été données par Kiyoko Lerner, l’ayant-droit de l’artiste, au musée. Ainsi pourra brûler en permanence en pays cartésien une des œuvres les plus énigmatiques, les plus violentes et les plus tourmentées du XXe siècle, qui n’en manque pourtant pas. Artiste et écrivain autodidacte, Darger, mort à quatre-vingt ans, n’a sans doute jamais montré son travail à quiconque, ni ses tableaux, collages et dessins, ni ses écrits — dont trois romans de proportions épiques qui brassent guerres, massacres, tornades et folles aventures. À une exception près, sans doute — la «Bataille de Calverhine» exposée à l’entrée des salles que lui consacre le Musée d’art moderne, immense collage cuit par le temps, à la peau aussi accidentée que celle d’une momie (l’œuvre était accrochée dans l’appartement où Darger vécut une bonne partie de sa vie, à Chicago.) Par contraste, les vastes panoramas qui suivent (et que l’artiste conservait, entassés dans un coin du même appartement) paraissent d’une vénéneuse luminosité, hantés qu’ils sont par les fillettes nues, les créatures hybrides, les incendies, les fleurs et les soldats sadiques. Les amateurs d’imaginaire ne peuvent passer à côté de cette œuvre d’une énergie et d’une inventivité sans frein, atroce et drôle.   On ne peut que leur recommander d’acquérir le catalogue, imaginé et dirigé par Choghakate Kazarian, la commissaire de l’exposition : non seulement les œuvres exposées y sont restituées avec précision et passion, mais les écrits de Darger — Dans les Royaumes de l’Irréel ; Nouvelles aventures à Chicago et Histoire de ma vie (dont Aux Forges de Vulcain a publié les 200 premières pages) — y trouvent toute leur place, par le biais notamment des contributions de Michael Bonesteel, de Mary Trent et de Carl Watson, spécialistes émérites de l’artiste-écrivain. Kiyoko Lerner et Mark Stokes (par ailleurs auteur d’un beau documentaire sur Darger, projeté à l’entrée de l’exposition) ouvrent quant à eux de curieuses fenêtres sur la vie de Darger.

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À noter que le Musée d’art moderne de la ville de Paris présente, en parallèle, quelques-unes des 230 photographies de Nathan Lerner (designer et découvreur de Henry Darger), également données au musée par sa femme Kiyoko. Contrepoint austère et porteur d’une plus tranquille lumière à la folie dargérienne.

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