Archives de Tag: Michel Meurger

Le 24 en juin ?

Si tout va bien, le numéro 24 du Visage vert sera des nôtres au Marché de la poésie (Paris, place Saint-Sulpice, 11 au 15 juin).

Et vous y découvrirez donc un merveilleux contenu donc voici le sommaire :

• « Marjorie Daw », une nouvelle de Thomas Bailey Aldrich (traduction Jean-Louis Corpron)

• « Le Serpent des airs », une nouvelle de William Page (traduction Anne-Sylvie Homassel), suivie d’un essai de Michel Meurger, « Jungles de l’air supérieur : la faune des fictions aéronautiques ».

• « Le Plus dangereux des jeux », une nouvelle de Richard Connell, précédé d’une présentation de Xavier Mauméjean (qui en signe également la traduction)

• « Ténèbres au Fleuve Noir : le détective des fantômes », un essai de François Ducos

• Et pour finir, « Le Visionnaire », une nouvelle de Rudolf Lindau (adapté de l’allemand par l’auteur).

Un Finlay pour patienter en beauté :

finlay

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N°21, du chanvre et des masques

Le numéro 21 du Visage vert est dans la boîte. Vous le découvrirez début novembre, dans les meilleures librairies et, pour nos amis parisiens, au salon de l’Autre livre (16 au 18 novembre). Pour les Palois, ce sera le week-end suivant, au salon de Pau.

Au sommaire, un colossal dossier Masques, orchestré par Michel Meurger et illustré par des nouvelles de Marcel Schwob, Richard Marsh, Bodo Wildberg et Nicholas Royle ; deux textes hallucinatoires de l’écrivain suisse John Bedot et un précieux inédit de Lafcadio Hearn.

Il n’est pas trop tard pour vous abonner ! Nous vous rappelons que l’abonnement (un an, deux numéros) donne droit à un très joli supplément qui fait désormais la fierté des collectionneurs.

Plongeon synchronisé

Et hop : très prochainement sur vos étagères, En quête de l’inconnu, de R. W. Chambers, traduit par Jean-Daniel Brèque.

Le quatrième de couverture : ‘Science-fiction « biologique », aventures zoologiques et paléontologiques, ou quêtes désespérées de faux animaux et de créatures inconnues : voilà ce qui unifie ces nouvelles écrites entre  1896 et  1904 et rassemblées la même année sous forme de roman. Ouvrage méconnu, et longtemps sous-estimé, En quête de l’Inconnu mêle pourtant avec brio ironie, burlesque et romance, révélant ainsi le talent satirique de son auteur, plus connu jusqu’ici pour ses récits fantastiques et de terreur. La contextualisation indispensable à la lecture des aventures du Pr Farrago et de son secrétaire, Gilland, est donnée par Michel Meurger dans son étude « Le Monde perdu au parc du Bronx. Une version ludique de l’aventure zoologique ».’

Et l’extrait  : « La clarté diffuse qui s’attarde parfois après le départ des étoiles baignait la crique et la plage d’un éclat tremblant et nébuleux. J’entendis susurrer les courants sous le fracas adouci des rouleaux se brisant sur les rochers – jamais ce bruit ne m’avait paru aussi net. Puis, comme je fermais la fenêtre, je vis un homme debout dans l’eau qui lui arrivait aux chevilles, seul au sein de la nuit. Mais… était-ce bien un homme ? Car sa silhouette se mit soudain à courir à quatre pattes sur la grève, vive comme un scarabée, agitant ses membres comme si c’étaient des antennes. Avant que j’aie pu rouvrir la fenêtre, la créature plongea dans les vagues et, lorsque je repassai la tête au-dehors, sentant tomber sur moi une ondée glaciale, je ne distinguai rien hormis le jusant rampant sur la plage – je n’entendis rien si ce n’est le ronronnement des bulles sur le sable tourbillonnant. »
Et l’illustration de couverture est bien sûr signée Marc Brunier Mestas !
Très prochainement en commande sur le site du Visage vert (dont nous préparons par ailleurs une nouvelle version…)

La Comtesse (Un article de Michel Meurger)

La Comtesse (2009). Film américano-franco-allemand de et avec Julie Delpy

L’histoire tragique d’Erzsébet Bathory (1560-1614) a déjà été portée à l’écran plusieurs fois. Beaucoup de bonnes fées s’étaient penchées sur le berceau de La Comtesse : acteurs talentueux, parmi lesquels on peut mentionner William Hurt, parfait dans le rôle de Thurzo, l’adversaire de la Bathory, et surtout, Julie Delpy, tour à tour hautaine, émouvante, hantée, le décor suggestif d’un burg (slovaque ?), résidence de la noble Hongroise, de superbes images, rivalisant parfois avec les tableaux maniéristes de l’école de Prague (la chair cireuse de la comtesse, les clairs-obscurs des intérieurs), une fine et élégante musique due à Julie Delpy. La réussite était au bout du chemin ; et pourtant, ce film est un échec. Il doit son déclassement à un scénario inepte qui ruine les efforts déployés. La cinéaste a trahi l’actrice. Peut-être sous la pression des producteurs, la Française, suivant consciemment ou inconsciemment l’exemple de Coppola dans son Dracula (1992), a cru pouvoir marier la love story à la légende sanglante, les soupirs enamourés aux grincements de la vierge de fer. Mais dans le cas de Coppola, le baroquisme, le kitsch sublime de l’ensemble, permettent de faire l’impasse sur certaines afféteries. Avec La Comtesse, il n’en est malheureusement pas question.

Sans doute repoussée par l’aura grand-guignolesque entourant son sujet, Julie Delpy a voulu humaniser celle que la tradition stylisait en monstre sacré. Son film aurait pu s’appeler La Vie passionnée d’Erzsébet Bathory, car l’actrice-cinéaste attribue une origine prosaïque à la cruauté bathorienne : les amours contrariées d’une femme mûre et d’un jeune homme. Transcendant ces prémisses, Racine avait créé un chef-d’œuvre. Pourtant, l’anti-héroïne de La Comtesse n’est pas Phèdre, et la vision de cette châtelaine partagée entre un jeunot idéaliste et un roué masochiste avide de cinglades, suscite le bâillement. Ne reprochons pas à Julie Delpy d’avoir adopté l’interprétation cosmétique des bains de sang. Certes, comme je l’ai montré dans Le Visage Vert (1), l’épisode de la coiffeuse maladroite, le sang comme eau de jouvence, les ablutions vermeilles n’apparaissent pas lors du procès de 1611 ; il s’agit d’une tradition populaire, reprise au siècle suivant par un jésuite hongrois, le père Turoczi (1729) à des fins d’édification. Quant à l’usage bathorien d’une vierge de fer, mis en images dans La Comtesse, c’est un romancier, Sacher-Masoch, qui l’évoqua le premier dans une nouvelle, « Eau de jouvence », en 1874. La Comtesse n’étant pas un documentaire, mais une fiction, Julie Delpy avait parfaitement le droit de préférer le Mythe à l’Histoire. Toutefois, la thématique frénétique est traitée avec trop de retenue, et ici, la sobriété se change en froideur.

L’infidèle biographe de la Bathory, Valentine Boué-Penrose, avait su se départir de la modération française pour offrir au lecteur dans son roman de contrebande (2) quelques belles pages convulsives. À l’inverse, Julie Delpy substitue au roman noir un roman sentimental. Mais l’on ne donne pas impunément congé au gothique. Avec lui a fui la démonie, et le lyrisme incantatoire du château perdu et de la louve friande de sang virginal. Au final, cette Comtesse s’avère trop raisonneuse pour plaire aux démons ; la poésie ne l’habite pas.

Notes

(1) Le Visage Vert, n° 11, octobre 2001, p. 56-61.

(2) Valentine Penrose, Erzsébet Bathory. La comtesse sanglante, Paris : Mercure de France, 1962.

[Et pour voir la bande annonce, c’est ici. Le film est paru en DVD en décembre 2010.]

La passion des anabaptistes (un article de Michel Meurger)

Chaque année, deux secteurs du Salon du livre de Paris éveillent mes instincts d’explorateur : les tables des éditeurs étrangers (essentiellement du nord et de l’est de l’Europe) et les stands des éditeurs de province. C’est surtout parmi ces derniers que se recrutent les ultimes hiérophantes des bons et beaux livres, horticulteurs du vice impuni de la lecture. Saluons cette année les éditions 6 Pieds sous Terre, de Saint-Jean de Védas. Est paru en effet sous l’enseigne de l’ornithorynque Joss Fritz, premier tome de la trilogie La Passion des Anabaptistes. L’imagier est un artiste qui signe Ambre, sur un texte de David Vandermeulen. Installée par ce dernier sur de solides assises historiques, l’œuvre croise les chemins intérieurs de Martin Luther aux grands chemins d’un Joss Fritz, leader paysan qui, en Alsace, à partir de 1493, ne cessera de fomenter des conspirations contre les riches et les puissants. L’emblème de la révolte est le Bundschuh, le rustique brodequin à lacet, peint sur la bannière avec la devise « Dieu compatissant, soutiens les droits des pauvres». De grands bouleversements s’annoncent, en 1498, Dürer aura terminé sa série de bois sur l’Apocalypse. La ligue du Bundschuh, toujours démantelée, sans cesse renaissante, à l’image du Phénix, amassera les brindilles du grand incendie de 1525. L’art et la littérature des Allemagnes ont depuis longtemps célébré ces révolutionnaires rhénans. Un Bundschuh à la hampe brisée figure dans la peinture monumentale (1976-1987) réalisée par l’artiste de RDA Werner Tübke pour son musée panoramique de Bad Frankenhausen. Au début des années 1960, Maurice Pianzola montre Joss Fritz marchant d’un pas décidé, « comme si la longue et lourde pique de lansquenet imprimait encore à ses mouvements le rythme de son balancement ». Un demi-siècle plus tard, Ambre invoque de nouveau le spectre de l’archi-conspirateur. Sur grand format, en des cases inspirées des bois gravés, de blafardes trognes montent, telles des bulles à la surface de l’ombre. Le dessinateur use abondamment du gros plan, pour amplifier le symbole (le Bundschuh), faire éclore des visages de tréfonds de brouillasses, égrener l’alphabet de mains menaçantes, implorantes, indignées. Les demeures à colombage émergent de la bruine, des piques barrent l’horizon, une suiffeuse tête coupée s’endort sur le pavé. Lettrines et caractères gothiques impriment une Stimmung d’automne médiéval à ce voyage au bout de la nuit. Je ne sais si Ambre s’inscrit consciemment dans une tradition représentée par exemple par Les Anabaptistes (1895) de Joseph Sattler. Peu importe. Par sa puissance expressionniste, parfaitement maîtrisée, Joss Fritz est une belle réussite graphique. (Michel Meurger. Paris, mars 2011)joss-fritz49web.jpg